Randonnée au Pays des Glaces
1 février 2010 par Eddy Vaudel / Carnets de Route
Après trois semaines de présence en Sibérie, Pavel me suggère de découvrir le lac d’une façon magistrale. Il me propose un trek de deux jours sur la glace avec nuit sur le Baïkal. Je ne peux qu’accepter. Nous voilà donc partit en ce vendredi 29 janvier, direction Tankhoi, un peu après la frontière de la Bouriatie. Nous pensions rejoindre notre point de départ en train, mais les horaires ne concordant pas, nous dûmes nous rabattre sur un Marchroutki (sorte de minibus). Nous partageons la route avec des Bouriates, des Russes et une série locale qui semble faire la joie des passagers. C’est en russe, je ne comprends pas. Je regarde le paysage mais la neige qui tombe à gros flocons m’empêche de profiter pleinement du paysage. Nous suivons le tracé du circumbaikal, pour nous rendre de l’autre côté du lac. Notre route traverse une taïga dense et enneigée, et est relativement sinueuse d’où son surnom de “langue de belle-mère”. Une petite pause à Slioudianka pour manger et boire un peu de thé et nous voilà repartis. La neige se fait de plus en plus présente sur la route et nous espérons un peu d’accalmie pour pouvoir progresser avant la tombée de la nuit.
Nous arrivons enfin à destination vers 17h30, après 04h30 de voyage. Il ne neige plus, mais le jour faiblit et nous devons commencer à marcher sans plus tarder. Nous traversons le village de Tankhoi, une gare du transsibérien puis quelques monticules de neige où Pavel et moi-même nous enfonçons jusqu’au cou. Après ces péripéties, nous voici enfin sur le lac. La neige est dure et permet de progresser sans difficultés. La nuit est tombée déjà sur la Sibérie, mais la Lune et les lumières de la ville nous permettent d’avancer. Nous marchons une heure puis décidons de planter la tente, le vent commençant à se lever. Une fois installé, nous cassons un peu de glace afin de la faire fondre et ainsi pouvoir manger et boire un peu de thé. Nous trouvons refuge dans nos sacs de couchage et sur nos deux tapis de sol que nous avons bien faillit oublier. La nuit se doit d’être bonne, car demain nous devons marcher.
On se réveille un peu avant le lever du soleil, nous sommes bien au chaud dans nos duvets. Un café et du fromage plus tard, nous voilà dehors. De nous deux je dois bien avouer que c’est moi qui ait le plus froid. Nos bottes sont gelées et je commence à courir autour de la tente pour me réchauffer. Cela fonctionne. J’aide Pavel à ranger le campement, nous fixons nos affaires sur nos Pulka et commençons à marcher. Le temps est couvert, nous distinguons vaguement le soleil à travers un ciel gris et nous orientons à la boussole. Notre périple démarre maintenant. Nous progressons d’un bon pas, Pavel en tête. Devant nous s’étend un paysage de glace et de neige, à perte de vue. Le sol alterne entre glace noire, bleue, neige dure ou molle et bien sûr les Tauros, blocs de glaces qui se créent lorsque deux plaques de banquise se percutent. Parfois nous entendons la glace craquer lorsque des fissurent se forment. Ce n’est pas rassurant sachant qu’une fine couche de 80cm de glace nous séparent d’une dépressions de plus de 1400m sous nos pieds, emplie d’une eau glaciale et obscure. Selon Pavel, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, c’est très solide, en effet, on peut rouler dessus en voiture.
Nous marchons depuis plusieurs heures déjà, et l’envie de faire une petite pause se fait sentir. Nous mangeons des abricots secs, mais ne pouvons boire, car l’eau des nos gourdes a entièrement gelée. Ironie du sors, nous sommes sur la plus grande réserve d’eau douce du monde et ne pouvons boire. Nous continuons notre route, toujours à la boussole, ayant une visibilité réduite à cause du temps.
Dans l’après-midi, le vent commence à se lever. Il arrive de biais depuis l’ouest et nous fouette le visage. Dans un sens, c’est positif, il va surement pousser les nuages. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que le soleil fait son apparition, accompagné d’un ciel bleu et des montagnes environnantes. On distingue enfin, au loin, notre point d’arrivée. Il ne nous semble pas si éloigné. La neige sur le sol a fait place à de larges plaques de glaces parcourues de fissures impressionnantes, le vent soufflant et balayant la neige. Au loin, derrière les montagnes, le soleil se couche.
Notre but semble proche et nous ne pouvons nous arrêter, car ici, il y a trop de vent et pas assez de neige pour espérer camper. Le coucher de soleil fait place à un lever de lune onirique. Les nuages se font de moins en moins présent. Nous avançons désormais dans un décors irréel, notre route étant éclairée par la clarté de la Lune. D’abord orange, elle passe par le jaune pour enfin revêtir son manteau blanc. Elle est pleine et ronde et semble veiller sur nous. Nous suivons notre chemin bleuté, mes pieds commencent à me faire souffrir et ma barbe commence à bien geler. Pavel continue d’ouvrir la marche et espère à chaque fois qu’il ne nous reste plus qu’une heure de marche avant l’arrivée (en réalité 3h).
Notre arrivée, au cap Skriper (environ 40km de Tankoi), se fait dans l’obstination, et la joie. Il me félicite car nous avons marché 11 heures, sans eau et nous sommes un peu plus loin que prévu. Il plante la tente seul, étant trop épuisé pour l’aider. Nous trouvons refuge dans nos sacs de couchages et tentons de faire fondre de la glace. Problème, le gaz est très froid et refuse de bruler. Il faudra deux heures pour obtenir une casserole d’eau. Je me contente de boire un peu, de manger du fromage, gelé lui aussi, et je m’endors, exténué.
Le lendemain, Pavel me réveil, et me signale un magnifique lever de soleil. Il me conseille de m’habiller vite et de monter sur le cap pour se réchauffer. Mes botes sont gelées, mais je m’exécute, non sans quelques réticences. Nous montons, mais des courbatures dues à la veille me font m’arrêter à mi-chemin. Néanmoins, de là d’où je me trouve, je profite d’un panorama exceptionnel sur l’aurore et ses couleurs magiques qui trouvent refuge dans le décors vierge de la taïga. Je suis toujours transit de froid et je commence un petit footing sur la glace pour me réchauffer (et dégeler mes bottes). Tout en courant, je découvre avec émerveillement le fond du lac, à quelques dizaines de mètres sous mes pieds. Je suis comme un enfant qui reçoit un nouveau jouet.
Le lac semble avoir entendu nos plaintes d’hier, et le Soleil illumine ce désert de glace. Nous parcourons encore quelques kilomètres et repérons une voiture qui longe la côte, sur la glace. Elle nous prend en stop et nous ramène à Lystvianka puis à Irkoutsk.
Nous finissons notre périple avec quelques courbatures, et des souvenirs impérissables d’une traversée mémorable du Baïkal.















