Sibérie - Baïkal Juin - Juillet 2009

Carnet de route par Marie-France Alphand et Matine François

Lac Baikal, face au rocher Bourkhane

Lac Baikal, face au rocher du Chamane

24 juin

Départ 12h pour Roissy accompagnés par Drago & Co bien sympas.

Enregistrement et change, 1ère péripétie : le passeport de Benjamin n’a pas été rendu, et on nous poursuit dans l’aéroport pour nous le rendre.

A 14h30, retrouvailles avec les Savitzky et Valentin leur chauffeur.

Vol de 3h30 vers Moscou. Changement de terminal sous la pluie. Attente de 3h30 dans le vieil aérogare. Le contrôle se passe avec des chaussons d’hôpital, ce qui nous amuse beaucoup, mais se reproduira souvent.

1er pot en Russie, et à 1h40 heure locale, départ pour Krasnoïarsk. On dort, on mange, et on assiste à un superbe lever de soleil. Nous survolons des étendues de forêts, et des fleuves avec de grands méandres. 4h40 de vol, un minibus nous attend pour nous amener à l’hôtel Krasnoïarsk.

Hôtel international confortable bien situé face à l’IénisséÏ. Douches, salades, dodos, au choix.

Un groupe se met en route pour la maison-musée de Sourikov, peintre du 19éme siècle : aquarelles, huiles, quelques beaux portraits et scènes de neige. Une maison typique tout en bois, avec dépendances, écurie, sauna, dans un jardin très vert, où trône une statue du peintre. Tout est très soigné, nous retrouvons les petits chaussons de l’aéroport. Beaux meubles d’époque d’origine allemande et anglaise, piano à queue allemand, machine à coudre Singer, cheminée chauffant l’étage. Au retour, recherche du musée ethnographique qui nous retarde, et nous fait découvrir une ville disparate, avec quelques maisons anciennes perdues au milieu de barres d’immeubles délabrés style 1960-1970. Trottoirs défoncés, détritus, petits squares à l’abandon.

Nous retrouvons le groupe, et partons à la recherche de l’embarcadère pour la promenade sur l’Ienisseï. 1ère mise en marche d’Irina, qui permet à Georges d’obtenir des renseignements. Il fait frais au bord du fleuve, et nous nous replions vers un restaurant assez chic style Maître Kanter. Très bonne soupe à la langue de veau et aux petits légumes. Service très lent. Gros dodo car nous sommes sans sommeil depuis 24h.

Vendredi 26 juin

Petit déjeuner copieux (cornichons et kéfir) avec vue sur l’Ienisseï, et départ pour 50 mn en remontant le fleuve pour aller voir le barrage de Divnogorsk de 1963. Ienisseï imposant, large, encaissé d’un côté, vallonné de l’autre, quelques maisons en bois sur le rivage. Un monastère (ou couvent ?) important. Au débarcadère, les taxis nous assaillent, car le barrage est à 5 kms. Marchandage et négociation. Nous ne pouvons pas approcher l’immense muraille de béton, donc renégociation pour atteindre le lac de retenue. Belle route de forêt, dans une région en passe de devenir touristique (construction de chalets canadiens). Les taxis étaient finalement sympas, et nous indiquent un petit magasin pour le pique-nique.

Retour à K., visite du musée ethnographique pour les unes, farniente pour les autres qui sur la place principale aux jets d’eau regardent passer les poupées russes style Barbie : minijupes, talons aiguille, cheveux toujours blonds( ?). Nombreux mariages aux tenues endimanchées, faune bigarrée sur fond de musique russe. Départ à 18h de l’hôtel pour la gare du BAM (Baïkal Amour Magistral). Très belle gare de 2004, bâtiment avec fresque des travailleurs, longue attente pour obtenir les billets à partir des réservations. Heureusement nous tombons sur une jeune fille dégourdie, qui gère au mieux la question. Armés de 16 billets, nous allons dîner à proximité dans un bon self (légumes et poulet). Enfin nous embarquons dans le Transsibérien sous la houlette d’une cheftaine de train un peu rébarbative (était-elle irritée par le fait que nous occupions à 2 un compartiment pour 4 personnes ?). Pas de pot la fenêtre François ne s’ouvre pas, mais JP dort déjà. Petits matelas confortables, avec draps et serviettes, mais la salle de bains est réduite aux toilettes habituelles des trains, il y a tout de même du PQ !

Nuit bonne, réveil à 8 h, petit déjeuner sommaire : café, tartine beurrée, soupe aux lardons assez bonne. L’aspirateur est passé dans le couloir et les compartiments. Le paysage défile, assez uniforme : forêts de bouleaux et sapins, paysages verts et humides, prairies où bien peu d’animaux broutent, petits hameaux d’une dizaine de maisons en bois brut avec tours de fenêtres en bois peint. Petits enclos, et petits jardins où des femmes désherbent des pommes de terre. Le train s’arrête souvent, les gares sont jolies ; peintes en bleu et blanc. Beaucoup d’exploitations de bois, trains de troncs d’arbres, tas de bois devant chaque maison. Arrêt à la gare de VICHOREVKA, où comme les Russes nous faisons les courses : cuisses de poulet, pains de viande, et déjeuner dans le compartiment de JP et Martine. 50 minutes d’arrêt dans une autre gare où nous ne trouvons ni fruits ni légumes, mais du jus de cerise. Les paysages deviennent plus vallonnés, et nous passons sur l’énorme barrage hydroélectrique de BRATSK. Grand lac de retenue sur l’Angara bordé de belles maisons neuves, ville industrielle importante. Au dîner, bonne soupe russe aux lardons au bar, et moment de panique : Martine n’a plus son passeport ! Tous vont retourner leur sac en vain. JP a soudain une intuition : la poche révolver de son pantalon vert. Plus tard, il y retrouvera également le porte-monnaie commun. Nuit douce rythmée par le train, et le lendemain matin le paysage a changé : montagnes enneigées au loin. Au moins les Alpins ne seront pas dépaysés.

Accueil à la gare de Sévérobaikal par 2 jeunes filles brandissant une pancarte « Solange ». Trois taxis nous emmènent à travers une ville aux immeubles dégradés dans un quartier plus ancien de maisons en bois jusqu’à la maison Davidov, bâtisse quelconque, mais entourée de petits bacs plantés de légumes et de fleurs, apparemment l’orgueil de la maison. Petit déjeuner d’omelette ratatouille et salade. Nous nous lavons avec grand plaisir dans une salle de bain vite transformée en piscine. Georges, à l’aide d’Irina se procure balai et serpillère et oeuvre en démontant l’habillage de la baignoire. Nous partons en minibus vers les bains chauds de Gouzekit. Une heure de cahots dans la poussière, arrêt pour la première fois (et il y en aura beaucoup d’autres !) devant un arbre sacré où pendent des rubans de prières baptisés par Benjamin « pataros ». Nous arrivons dans un endroit isolé devant une maison en bois composée de 2 vestiaires et de deux bains à l’air libre d’une eau très chaude (40°minimum), le tout entouré de tôles ondulées peintes. Ca sent le souffre et on sort tout ramollis. Attente obligée de notre bus jusqu’à 5 heures, et discussions sur le prix de la course : 500 R ou 5000 ? Incompréhension et mauvaise traduction…Au retour, coup d’oeil sur le lac très beau au soleil couchant, et nous partons à pieds à Severo chercher un restaurant. Nous errons dans des rues immenses bordées d’immeubles hideux. Pas un chat dans les rues (nous sommes Dimanche) pas de resto, nous marchons, marchons, il fait de plus en plus frais et quelque goutes tombent. Finalement nos trouvons un resto apparemment fermé, mais une passante nous informe qu’il est ouvert, et au premier étage. Le cadre est sinistre, les rideaux font hurler MF, la nourriture (omoul et beignets de viande avec frites) est bonne, mais l’addition arrive avant que nous n’ayons le temps de commander un dessert : la serveuse étant pressée de nous voir partir. Retour à pieds, il fait froid et il bruine, mais la maison nous paraît moins éloignée car nous avons l’estomac calmé.

Lundi 29

Soleil ! Départ pour le centre ville à la recherche de l’agence que nous n’aurions jamais trouvée sans la complaisance d’une passante qui nous y accompagne. A l’agence, accueil indifférent. La boss impénétrable, nous ignore, jusqu’à ce que, à l’aide d’Irina, Georges explique et règle le problème de la course de la veille au grand soulagement de notre petite guide. Pendant ce temps, Monique et Martine vont faire le marché et rapportent enfin fruits et légumes. Nous partons ensuite prendre le marchoutka 103 en direction de Nijnieangarsk. Le bus longe le lac : brume légère et romantique, hautes montagnes sur la rive opposée, villages en bois jolis et soignés, plus coquets que ceux du transsibérien. Ballade à pieds dans un village qui s’étire le long du lac, petites maisons de bois aux fenêtres colorées et sculptées avec minuscules jardins entourés de palissades basses. Les lilas sont en fleurs avec 2 mois de retard sur Paris et Puimenier et 1 mois sur Briançon.

Nous pique-niquons près du monument rouge du village et cherchons en vain un café ce qui nous fait traverser et admirer le village à plusieurs reprises, et être abordés par 2 petites filles dégourdies de 9 10 ans, dont l’une à un tempérament de cheftaine. Elles nous emmènent dans les boutiques où nous « admirons » la droguerie et les vêtements. Séance photos, et Monique sort deux petits colliers pour leur offrir : elles sont ravies, les montrent aux copains nous escortent à l’arrêt du bus et en guise d’adieu nous disent : c’est la vie ! Retour à Severo, promenade dans le village de pêcheurs en contrebas de notre maison pour chercher un resto, introuvable. Mais ça vaut le déplacement ; La brume s’est levée sur le lac et seuls émergent les sommets enneigés. Pendant que trois retournent à la maison, que deux vont à la plage, les trois autres retournent à la gare chercher à manger. Tout est fermé à la gare, retour au marché puis à l’épicerie et dîner sur la table de madame Davidova, qui nous prête couverts et assiettes mais refuse que nous fassions la vaisselle. Accord trouvé avec elle sur le prix des petits dej, après discussions par Irina interposée.

Mardi 30

Départ pour Baïkalskoie. ¾ h de bus à travers des forêts. Trouée sur une baie du lac. Passage d’un col et descente sur le village : petit port de pêche avec vieux bateaux à l’abandon. Grand village tout en long au bord du lac, quelques jolies maisons en bois peint, avec vaches et chevaux en liberté qui galopent à travers le village et grimpent sur les collines. Balade en haut d’une colline avec arrêt dans un curieux cimetière où les tombes très fleuries sont entourées d’une palissade de fer, avec table, banc et verres pour converser avec les défunts. Nous traversons des champs d’edelweiss, d’asters et de lys martagons, pour arriver au relais radio d’où l’on a une vue panoramique sur le village et le lac. Promenade dans le village, arrêt dans un magasin où il n’y a rien à manger, excepté du fromage en rouleau immangeable et du lard cru que seul Georges apprécie. Arrêt à la poste pour joindre avec difficulté Ludmila au téléphone. La postière manie avec la même maîtrise ordinateur et boulier…

Visite du village : école, petits magasins, kolkhoze abandonné où nous nous réfugions pour un maigre pique nique car il pleut et il fait froid. Ecurie, grenier à grains, sacs de ciment, outils, estrade en bois couverte, tout est à l’abandon. La pluie s’arrête. Nous descendons au port, découvrons la pêcherie également abandonnée : bateaux rouillés, bottes, extincteurs, affiches, carnets…

Nous gravissons une autre colline qui surplombe le village, qui se révèle plus étendu que nous ne le pensions car il longe une rivière. Nous descendons à la recherche du pont mentionné par le guide. Rencontre d’un jeune moscovite travaillant dans le tourisme, et qui organise des promenades à pied et en bateau. Il explique que le kolkhoze appartient aux bouriates qui ne s’en occupent pas. Nous finissons par trouver le vieux pont, encore entouré de neige ! Le soir, le village bien mort dans la journée s’anime un peu. Le soleil est revenu, et en attendant notre bus nous nourrissons une chèvre et assistons à la cour assidue d’une petite chienne. Le bus nous ramène tambour battant à Sévéro. Recherche d’un restaurant : opération délicate, pour aboutir dans un bar indiqué par des jeunes où on nous sert un vrai repas : bortsch, salade et boulettes de viande et blinis à la confiture. Nous rentrons vannés, car nous avons marché toute la journée.

Mercredi 1er juillet

Déjeuner matinal et trop copieux : omelettes et feuilleté d’omoul. Adieux à notre logeuse. A 7h30 les taxis sont là et nous emmènent à l’embarcadère. Temps frais et brumeux. L’hydrofoil est exact, c’est parti pour 6 heures de traversée, et en 1 heure nous ne voyons plus les rives car sommes entourés de brume. Rives désertes couvertes de forêt descendant jusqu’au lac, parfois une plage et une maison. 2 h de brume, puis le temps se lève, grand soleil, le bateau s’arrête en plein lac, d’un minuscule hameau arrive une barque qui apporte 2 gros bidons de lait en fait remplis d’omouls, en échange de sacs de ?

Echange de bons procédés avec les deux jeunes filles qui tiennent le petit bar ; elles nous offrent de l’omoul cru, et nous leur donnons tomates et cerises.

Les côtes est et ouest se rapprochent, et bientôt nous arrivons à la pointe de l’île d’Olkhon. Nous accostons sur un débarcadère de fortune, en bois, au bout d’un champ, où nous attend avec un grand sourire un Bouriate, Andreï, devant sa « Waz ». Rigolade générale devant la taille du « port ». Route de terre à travers la steppe, où vaches et moutons sont en liberté, pour arriver à Koujir où nous prenons possession de nos bungalows après avoir été accueillis par Nadia et Marina, charmantes et parlant anglais. Les bungalows avec commodités (lavabo avec entonnoir sur le balcon, et wc chimiques dans la chambre) sont attribués aux vétérans Savitzky et Alphand, les jeunots Ollagnier et François s’installant dans un chalet sympa mais plus spartiate : wc en plein air, et lavabos à l’air libre. Nous déjeunons bien, et allons faire un tour dans le village. Visite chez Nikita, réputé, mais que nous ne regrettons pas : c’est un mélange surprenant, style Disneyland mongol, peuplé de babacools style peace and love.

Le village est en pleine évolution, des « resorts » se construisent un peu partout au milieu de ruines en bois, de vieilles maisons, et de vaches. Nous gravissons une petite butte, et surprise au sommet : paysage d’une grande beauté, petite baie, pointe de terre au bout de laquelle se trouve le rocher du Chaman, haut lieu bouddhiste et chamanique, se détachant sur de l’eau très pure où il se reflète dans la lumière du soir (pour Marif). Retour à l’auberge, douche très froide, dîner (omoul cru, omoul mariné, omoul cuit) et rv pris pour une excursion au nord de l’île.

Jeudi 2 juillet

2009-07-02_06-57-32-georges-3402 sont patraques : Benjamin se remettra vite, mais Bernard ne mangera rien pendant 2 jours. Séance de rasage sur le balcon des Alphand, et à 10h30, départ pour la pointe nord de l’île, avec Nadia notre guide, et Andreï, notre chauffeur bouriate. Voyage épique : routes de sable, 1er arrêt dans un village, 2ème arrêt pour une offrande devant un arbre de prière, puis traversée de la forêt : racines d’arbre, trous, bosses, de vraies montagnes russes, nous sommes secoués dans tous les sens, heureusement Andreï se révèle un excellent chauffeur (malgré un choc violent sur les têtes de Solange et MF). Nouvel arrêt au bord du lac dans un village enseveli par le sable, dont il ne reste pratiquement rien. Nous admirons ensuite un rocher en forme de lion, un autre en forme de crocodile au milieu du lac. Après des montées raides et des descentes abruptes, nous arrivons au cap des 3 frères. Evocation de la légende du site : Le père Baïkal, après que sa fille Angara a fui avec son amant Iénisseï, envoie 3 de ses 336 fils (les fleuves qui se jettent dans le lac) la rechercher. Comme ils échouent, pour les punir il les transforme en rochers durs comme leur coeur.

Descente sur un des rochers. Le point de vue est magnifique : des falaises en à-pic, un sentier raide bordé de petites fleurs inconnues, coquelicots blancs, fleurs violettes ressemblant au géranium sauvage. Rochers couverts de lichens rouges, grotte.

2009-07-02_08-14-14-martine-154Direction Cap Koboï. Grandes falaises abruptes où subsiste un névé, vues plongeantes sur le lac. Rencontre de Bordelais venus adopter une petite fille d’Irkoutsk. Andreï nous prépare un bon déjeuner. Des marmites d’eau bouillent, une pour la soupe à l’omoul, une pour le thé. Et toujours en entrée, salade tomate-concombre.

Départ pour le rocher des amoureux, ou de la fécondité (l’arrêt s’imposait pour l’anniversaire de mariage des François), puis pour le seul village accessible de la côte est qui semble encore plus sauvage, Tolzoï. Troupeaux de chevaux qui galopent dans la steppe. Tous les sites sont impressionnants, calmes, sereins, et nous emballent. Retour secouez-moi dans la forêt. A Koujir, toilette collective très appréciée des femmes, puis de hommes dans la bania, avec de l’eau aussi chaude qu’elle était froide la veille ! Bon repas, promenade digestive jusqu’à l’église qui diffuse de la musique russe, puis au rocher du Chaman.

Vendredi 3 juillet

Temps maussade. Copieux petit déjeuner : crêpes, riz au lait, fromage blanc, etc…

Monique, Benjamin et Mf partent à la recherche de la poste : niet timbres (on en demandait 131). Au retour, Monique trouve porte close ; Georges était parti pour sa promenade solitaire en forêt, Solange était fatiguée, et les autres cherchaient un cadeau pour les vieillissantes MF et Solange, dans une jolie boutique de souvenirs où ils trouvent colliers en pierre, cuillères en bois et nerpas en peluche. Ballade vers les cimetières : un grand avec mélange de tombes bouriates, orthodoxes et catholiques, un petit à l’écart avec tombes musulmanes avec le croissant.

Repas d’omouls variés, discussion avec la monitrice du groupe d’enfants en stage linguistique pour 10 jours. A 15h, nous partons avec Nadia pour visiter le musée. Nous avons la chance de trouver une guide parlant français. En 1944, un professeur affecté à Olkhon a parcouru l’île avec ses élèves, en quête de vestiges. Ils ont trouvé des outils datant de l’âge de fer, et un insigne attestant de la présence de Gengis Khan sur l’île. Les Bouriates ne remontent qu’au 9ème siècle, et sont un mélange d’Indigènes, de Mongols et de Turcs. Jusqu’au 17è ils étaient les seuls habitants de l’île, les Russes l’ayant découverte en 1643. Le peuplement de l’île a été complété par les prisonniers envoyés par Staline, s’ils étaient jugés mauvais communistes (retard au travail, chapardage d’une pomme quand on n’a rien à manger).

Différentes salles montrent la vie des habitants : pêche, usine de conditionnement du poisson au nord de Koujir, intérieur bouriate, intérieur russe du début du siècle, instruments agricoles venus avec les Russes, car les bouriates ne travaillaient pas la terre : ils jugeaient sacrilège de l’abîmer, leurs chaussures ayant une pointe relevée pour ne pas agresser la terre en marchant. Ils se nourrissaient de baies et de pêche.

Retour au bercail, où Georges et JP ont rv pour se souhaiter « que leurs vapeurs soient bonnes ». Retour du bania de G. cramoisi, suivi de JP et Martine idem . Dîner d’omouls variés, et au dessert, surprise pour les 2 « vieilles » qui ont leur cadeau, et qui comprennent que l’escapade du matin avait une bonne motivation. Après dîner incontournable promenade sur la colline. Un lac plat, un éclairage blanc-gris, une impression de paix. On comprend que ce bout de falaise soit encore un lieu chamanique.

Samedi 4 juillet : le soleil brille. Baignade au lac Kankhoï programmée.

Effervescence au camp, car tout le monde part en promenade. Une voiture de Russes, dont les tapageuses (cf Benjamin), fait l’excursion avec nous. La route est sablonneuse, et meilleure que celle du nord, mais tout en dévers. Arrêt sur la péninsule des Kourikhans (6è-12è siècle), dont il reste un mur en ruine les isolant du reste de l’île, et des pierres sacrificielles.

Installation au bord du lac Kankhoï (une fine bande de sable le sépare du Baïkal), baignade dans le lac effectivement plus chaud que le Baïkal, pendant qu’ Andreï prépare le repas, concombre-tomatemayonnaise, omoul bouilli aux p de terre, et herbes. Pique-nique en plein soleil, il peut faire chaud en Sibérie ! Endroit fréquenté par les locaux, qui y pêchent. Nous escaladons une colline pour découvrir un superbe panorama sur le Baïkal. On croise les carcasses d’une vache et d’un mouton. Au retour, montée vers un site chamanique avec plusieurs poteaux enturbannés de pataros, d’où vue panoramique sur Koujir. Les chevaux galopent toujours en liberté.

Dernier dîner, séance de petits cadeaux, Nadia selon la tradition russe n’ouvre pas son cadeau, mais nous manifeste sa sympathie. Andreï, prévenu de nos coutumes par Nadia, donne une pièce à Solange qui lui tend son couteau des 2 mains. Dernière visite au rocher du Chaman se détachant sur le lac irradié par le soleil couchant.

Dimanche 5 juillet

Réveil sous un soleil radieux, chaleur dès le matin. Nouveaux adieux à la patronne et à Marina, et nous allons prendre le bac pour le continent. 20mn de traversée, et commence la longue route droite, de terre, puis goudronnée, qui nous mènera à Irkoutsk. Défilé de steppes très désertiques avec troupeaux de vaches et quelques rares hameaux isolés, relief de collines, puis traversée d’une forêt : beaucoup de bouleaux, puis pins et mélèzes, enfin les reliefs s’abaissent et on voit de grandes exploitations entourées de barrières, champs de pomme de terre et de blé. Les villages, toujours en bois, deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus gros. 17h, arrivée à Irkoutsk. Installation dans une belle vieille maison de bois en bien mauvais état dont nous avons du mal à trouver l’entrée. Intérieur confortable, mais chambres exigües, surtout pour le volume des Alphand ! Mais nous avons de vraies toilettes, dans une vraie salle de bains… pour 8 ! Nous nous décrassons et nous habillons chics, car Georges nous offre le resto pour l’anniversaire de Solange. IL fait toujours très beau, nous dînons en plein air sous des ombrages. Deux chanteurs nous assourdissent un peu, mais, la vodka aidant, arrivent à nous faire danser. Irkoutsk nous emble très belle, soignée, avec de la verdure.

Lundi 6 juillet

Toilette matinale pour les premiers levés, puis niet salle de bains par suite d’une défaillance du système de fermeture de la porte. Crêpes en abondance, et à 10h, le taxi, ponctuel comme d’habitude, vient nous prendre et nous emmène à l’agence de Ludmila qui nous accueille avec un grand sourire et des brochures pour la suite du voyage. En direction de Listvianka, nous visitons le musée de plein air. Vieilles isbas, trace d’un habitat très ancien (huttes en écorce d’arbre) et village de maisons en bois du XIX° avec école, église, salle avec des métiers à tisser, intérieurs russes. Achat de quelques petits souvenirs et route pour notre auberge de Listvianka. Petit pot d’accueil en attendant que nos chambres soient prêtes et là, surprise heureuse : chaque couple dispose d’une chambre tout en bois avec douche et wc ! Nous descendons au bord du lac et déjeunons au marché au poisson : des allées entières d’omouls pendus, fumés séchés…et des allées de souvenirs de toutes sortes. Longue promenade le long du Baïkal, plages de galets, eau d’une limpidité incroyable, gens en maillot de bain, et une courageuse qui entre dans l’eau et en ressort aussitôt. Par la suite nous constaterons que c’est la façon de se baigner ici : juste saisis.

Passage à la poste avec une mémorable séance de collage de timbres, dont la postière a été dévalisée. Retour au marché, dîner d’omouls, de brochettes, de tartines d’oeufs de saumon. Il est 22h et le soleil nous chauffe encore. Les hommes ont trouvé un petit café où l’on sert de la bonne pression à 50 roubles (1€ =45 roubles) le grand verre. Les femmes les laissent en abuser avant d’aller dormir.

Mardi 7 juillet

2009-07-07_04-46-20-marif-129Résultat : Georges est patraque, et demande un jour de congé de maladie. Solange renoue avec son métier d’infirmière et le dorlote, pendant que les Alpins et semi-Alpins partent à la recherche de la station de ski. Bus jusqu’à « Baïkal-musée », et ascension sur une petite route qui nous conduit au télésiège. En haut, vue sur la source de l’Angara, et le fameux rocher du Chaman (tout petit dépassant à peine de l’eau) utilisé pour mettre à l’épreuve du jugement de Dieu les femmes soupçonnées d’adultère. Rencontre de 2 jeunes clermontois qui commencent leur tour du monde, belle balade pour redescendre vers un autre marché aux poissons et aux souvenirs. On y voit pour la 1ère fois le fameux poisson gras « golomianka ». De retour vers l’auberge, arrêt bain de pieds (c’est très froid), arrêt souvenirs, arrêt esquimau, et Georges et Solange tous ragaillardis nous retrouvent.

Le soir, joli restaurant dans un cadre marin avec de beaux rideaux, des sculptures originales : omoul mariné, omoul grillé, vin italien, service soigné, garçon souriant et sympa. Retour en longeant le lac, il est 23h, le soleil se couche.

Mercredi 8 juillet

Temps toujours très beau. Petit déjeuner pantagruélique. Nous cherchons l’église St Nicolas, situé dans une des rues qui s’enfonce dans la colline. Vieilles maisons, ruines, puits, enfin l’église aux gouttières originales. Intérieur clair, avec une iconostase curieuse. Rencontre du Français collant, nous partons chercher le théâtre. Chemin le long d’une rivière qui se jette dans le lac, beaucoup de constructions de grande taille (futurs hôtels ?). Le théâtre est fermé, ce qui provoque l’ironie des messieurs. Nous tombons sur un artiste ferrailleur qui compose avec humour des animaux et des objets avec des matériaux de récupération. Quelques belles toiles représentant le lac. Retour traditionnel au marché, avec repas habituel, mais sans Georges et Solange qui ont disparu pour se baigner…L’après-midi, les hommes s’allongent sur la plage, pendant que les 3 M cherchent une galerie de peinture. Très jolie rue bordée de belles vieilles maisons de bois. Nous y retrouvons l’auteur des toiles du matin, Vladimir Osipov, qui expose des toiles inspirées du lac en toutes saisons, surtout l’hiver. Belle lumière, transparence de l’eau et de la glace, exécution énergique et nuancée, en partie au couteau. Un peu cher,et tailles dissuasives.

17h30 : Sur le quai, sur des bancs, avec nos bagages, séance de photos en attendant l’hydrofoil. Georges encouragé par Jean-Pierre en profite pour faire la manche. Arrêt à Port-Baïkal, petit port avec très gros bateaux, dont l’ancien brise-glace. Vers 20h30 Piotr nous attend à l’embarcadère d’Irkoutsk. Retour chez Galina, déambulation à la recherche d’un restaurant russe, pour finalement aboutir dans un faux-italien très peu latin où nous sommes une fois encore les seuls.

Jeudi 9 juillet

Georges et Solange vont voir Ludmila qui accepte une invitation pour le soir. Les autres partent pour la place Kirova : belle grande place, avec parterres de fleurs, entourée de grands bâtiments baroques et soviétiques. Mémorial du soldat inconnu. De la 1ère église (de l’Annonciation) ne reste qu’un petit dôme en or, car Staline a fait raser le reste. Nous visitons l’église du Sauveur, vieille église blanche avec des restes de peintures murales, et gravissons les hautes marches qui mènent au sommet : très belle vue sur la ville, l’Angara et les autres églises. De là cathédrale de l’Epiphanie (Bogaïavlensky) récemment restaurée, très colorée à l’intérieur comme à l’extérieur, murs entièrement peints de scènes bibliques et évangéliques. Les damnés tout rouges se tordent et contrastent avec la sérénité des élus. Passage devant l’église catholique de style gothique (unique en Russie) construite par des polonais exilés, mais fermée, pour aller visiter les maisons des Décembristes. Longue marche pour arriver à la maison Troubetskoï fermée pour restauration. Heureusement on peut entrer chez Volkonski. Très belle maison de bois, avec dépendances (bibliothèque…), intérieur confortable, grandes pièces de réception somptueuses, objets et meubles d’époque. Poêles en faïence blanche dans toutes les pièces, beau jardin d’hiver, pianos, tables de jeux, marqueterie, superbe grand salon rouge avec piano à queue, nombreux portraits des propriétaires. La maison est entourée de palissades de bois, comme partout. Déjeuner dans un petit resto style chinois où le garçon, très sympa, nous aide à nous dépatouiller dans une carte des plats tout en russe. Solange et Georges passent par là, à la recherche de la maison Volkonsky et boivent un coup avec nous. La dernière église : l’Elévation de la Sainte Croix est la plus belle. Hall très clair, intérieur tout en dorures et en rouge. Belles icônes anciennes, dont un Jean-Baptiste. Nous brûlons des cierges. Nous cherchons en suite les marchés, russe (alimentaire) et chinois (fringues) qui nous déçoivent. Beaucoup de monde, mais 0 souvenir. Les hommes se sentent fatigués quand nous parlons d’aller visiter un musée, avec raison, car le musée est fermé pour restauration. La ville est belle, mais pas touristique. Nous mangeons un nouveau magnum en regardant des jeunes en stage de danse contemporaine. Retour chez Galina car les pieds demandent grâce. A 20h, Ludmila nous attend avec Piotr et son bus, pour nous emmener dans un restaurant de sa connaissance, où nous serons encore les seuls. Soirée très animée, toasts à la vodka, Ludmila a du mal à manger tant elle est assaillie de questions. Chacun s’informe sur l’état des maisons en bois et l’environnement, sur la Sibérie et le lac, sur les températures et les saisons, sur la vie de BaïkalNature et de Ludmila, sur l’histoire et la politique. Sa grand-mère polonaise déportée en goulag, et sa mère nostalgique du communisme qui lui avait donné une bonne situation, reflètent l’histoire de la Russie. Le repas est arrosé de vin espagnol, car le vin géorgien très bon est interdit de séjour en Russie actuellement pour raisons politiques. Ludmila est charmante et cultivée, et parle un français parfait. Piotr nous raccompagne à 11h chez Galina, qui nous attend dehors en robe de chambre.

Vendredi 10 juillet : Le retour.

Départ à 10h30, l’avion décollera à 13h30 pour nous ramener à Paris via Moscou. Le transfert de terminal se fait sous la pluie, le bus est introuvable, puis bondé. A Paris les Drago nous attendent.

Par Marie-France Alphand et Matine François

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