Merci, Kazbek !

Tente sur Olkhone 4x4 russes

Voyager, c’est toujours une découverte ! En partant sur l’île d’Olkhone que j’avais déjà visitée des milliers de fois, je ne m’attendais pas d’y trouver de nouvelles sensations. Je me suis arrêtée dans la capitale de l’Olkhone, le village de Khoujir dans une auberge accueillante au bord du Baïkal. N’ayant que quelques jours de vacances à ma disposition, je les ai planifiés jusqu’au moindre détail. Trois points principaux étaient dans mon programme : lecture, plage et visite du cap Khoboï. La lecture – pour finir enfin mon livre commencé il y a encore 3 mois, la plage – pour prendre un peu de couleurs et le cap Khoboï au nord de l’Olkhone – pour m’approvisionner de l’énergie de cet endroit majestueux. C’est justement la visite du nord de l’île qui m’a fait le plus grand plaisir.

Nous nous étions inscrites à l’excursion mixte ralliant le trajet en 4×4 russe (UAZ) et la rando équestre. Le UAZ est le seul véhicule capable de parcourir les pistes de l’Olkhone, toutes les autres voitures n’y tiennent pas le coup et ont besoin de changement complet de suspension à l’issue d’une année de circulation.
Ce jour-là le temps était splendide : le ciel bleu foncé parsemé de flocons blancs, l’eau d’une turquoise claire et tout cela dans une ambiance du village sibérien avec ses petits izbas en rondin avec les sorbiers à fruits rouges à côté.

Maison a Khoujir Eglise a Khoujir

Dès que l’on sort du village, on débouche sur la steppe infinie avec ses villages bouriates. A propos, Khoujir est le seul village russe sur l’île.

Le premier arrêt se fait à côté du village de Karantsy portant le nom d’un îlot situé en face. D’ici sur la montagne de la côte opposée on distingue bien le visage du Baïk al.

Visage du Baïkal Village bouriate Kharantsy

L’arrêt suivant est le hameau Pestchanoïé dont l’histoire évoque la période triste de la dictature de Staline. Il faut dire que celui-ci voulait faire de l’île d’Olkhone le Goulag pour les prisonniers politiques parce que la position isolée de l’île rendait impossible l’exportation de leurs idées dangereuses au régime actuel. Ils avaient commencé par la construction de la colonie pour les déportés dont l’occupation principale était la pêche. Après la chute du stalinisme la plupart des déportés étaient restés sur l’île, mais l’usine de pêche a brûlé et peu à peu la colonie a disparu. Aujourd’hui on peut y voir seulement quelques cabanes délaissées des surveillants, les restes de l’usine de poisson et du ponton brûlé. Il y a pourtant une femme âgée, la grand-mère Katia qui y vit toute seule dans une vieille maison en bois.

Hameau Pestchanoïé Ancien Goulag

Malgré l’histoire triste de cet endroit, sa belle plage attire des campeurs et en été il y apparaît un petit commerce installé dans une cabane de pêcheurs.

Samovar miroir

On arrive bientôt à la station météo d’Ouzoury où vit la famille de nos amis météorologues Yuri et Natacha. Depuis plusieurs années ce couple courageux s’est installé au bord du lac Baïkal en plein isolement. Ils ont élevé leurs deux enfants et sont tout à fait heureux de vivre loin de la civilisation même si leur vie est parfois difficile.

Météorologues Station météo à Ouzoury

A Ouzoury commence notre randonnée équestre de 12 km. Nous chevaucherons le long du Baïkal jusqu’au cap Khoboï. D’après la langue bouriate Khoboï veut dire « dent canine ». Le cap doit ce nom à sa ressemblance à un croc d’animal. Pourtant son nom non officiel est la Roche-Déva qui est dû à une des anciennes légendes dont l’île d’Olkhone est riche. La légende raconte une histoire d’un couple chamane dont l’homme était connu pour sa force en tant que guérisseur et sa générosité. Pour ses qualités les Dieux du Baïkal lui ont offert un château – le cap Bourkhane dans le village de Khoujir. Etant devenue jalouse, sa femme a fâché les Dieux et était transformée en rocher. Son profil se voit bien sur le cap.

Cap Khoboï vue-du-cap-khoboï

Voici nos chevaux sont arrivés. Après une pause photo, on monte tous en selle et on commence par une marche à pas tranquille pour s’habituer à ce mode de déplacement que personne entre nous n’avait jusque là pratiqué, à part notre moniteur bouriate Slava, originaire de ces lieux et comme tous les Bouriates un excellent cavalier. Le cheval que j’ai choisi porte le nom fier d’une montagne du Caucase, Kazbek. Il est très beau, de couleur noire avec des cheveux blancs dans la crinière et, comme j’ai compris plus tard, d’un caractère super têtu.

Chevaux à Ouzoury Cheveaux à l'Olkhone

Avant de me mettre en marche, Slava me tend un fouet qui selon lui « servira d’argument » pour Kazbek. Je n’ai pas bien compris ce que cela voulait dire et a fait semblant de ne pas le voir : fouetter un animal n’est pas dans ma nature.

D’abord on progresse lentement : ce n’est pas facile de se tenir bien à cheval. Mais peu à peu on s’habitue et Slava nous apprend à aller au trot. Je commence déjà à m’imaginer une bonne cavalière qui explore les steppes sauvages de l’Olkhone quand nous nous trouvons devant les écuries et Kazbek ne veut plus bouger. Un petit paresseux a décidé qu’il en avait marre de cette promenade et qu’il était temps de faire une sieste. Depuis là, Kazbek devientt de plus en plus capricieux. Quand Slava est à côté de moi, il est bien sage et réagit bien à mes commandes. Mais dès que Slava s’éloigne de quelques mètres, Kazbek reste planté comme un clou. Alors j’ai enfin accepté de juste tenir le fouet dans ma main pour convaincre mon Kazbek d’être docile. Mais prendre le fouet à Slava n’est pas autant facile. Dès que Kazbek voit Slava me tendre cette arme menaçante, il se met en course. Quand j’ai enfin réussi à prendre le fouet, vous ne croirez pas, entre moi et Kazbek s’est établie une compréhension totale.

Les 12 km passés, nous avons accédé au cap sacré, fatigués, mais heureux de l’avoir fait. Ici nous attendait notre chauffeur-guide Sacha avec le régal de l’île, la soupe à l’omoul – « la bouillabaisse baïkalienne ». J’ai donné aussi un morceau de pain à Kazbek pour le remercier des impressions inoubliables qu’il m’a offertes. La prochaine fois que je viens sur l’Olkhone, je ne manquerai pas la visite chez Slava et son écurie.

Randonnée à cheval Randonnée équestre

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