Le mystère de Diévouchka et de Babouchka
23 avril 2009 par Delphine Frecaut / Actualités
Le mystère de Mademoiselle Diévouchka et de Madame Babouchka
En Russie, de l’extrême Est à l’extrême Ouest, des bourgades jusqu’à la majestueuse « Venise du Nord » en passant par Moscou l’ambitieuse, une différence m’entête : celle qui persiste entre les femmes russes et les femmes françaises.
Mais qui sont donc ces femmes russes?
En France, nos grands-mères à nous sont plutôt coquettes. Tailleur bleu marine, chemisier, leurs cheveux teints sont mis en plis. Elles se parfument et portent leurs bijoux de famille. La femme française redoute la vieillesse et fera tout pour la défier. Le temps de la retraite venue, les enfants partis de la maison, la soixantenaire française, après avoir éduqué ses petits et mené une carrière professionnelle bien remplie, retrouve le temps de prendre soin d’elle, d’entretenir sa forme, de paraître plus jeune. Même les mamies des campagnes, quand venue l’heure des réunions de famille, des sorties en ville ou tout simplement pour se rendre à l’église, quittent leurs tabliers à fleurs et leurs charentaises pour enfiler leurs plus beaux vêtements.
En Russie les « Babouchkas » incarnent la maternité même. Souvent bien portantes, elles déambulent fièrement dans les rues sans omettre de porter quelque chose sur la tête. Le châle et le bonnet de laine au printemps laissent place à la célèbre « Chapka » en hiver. Mais on ne peut pas dire qu’elles soient chics. Seulement, à la différence de la grand-mère française, la grand-mère russe, elle, souvent, travaille encore. En Russie, un habitant sur cinq seulement est à la retraite! Les vielles femmes russes peuvent aussi bien endosser le rôle de concierge, que celui de chauffeur de tramway ou de vendeuse. Nombreuses sont celles, qui quittent la campagne tôt le matin, se rendent en ville afin de vendre les richesses d’un potager qu’elles entretiennent seules. Car oui, les grands-pères se font rares. En 2008, les hommes russes n’ont une espérance de vie que de 59 ans! Sans compter que beaucoup sont morts au cours du 20ème siècle. Alors le but n’est pas de plaire. Sans mari et sans gros pouvoir d’achat l’objectif est avant tout de vivre sans simagrée.
Intéressons nous maintenant aux demoiselles russes et françaises. Le schéma semble s’inverser. Alors que la femme russe est plus apprêtée et dépenserait 30% de son budget dans les produits cosmétiques, la femme française, en général, et en dehors de Paris, mise davantage sur une apparence nature et sur le confort vestimentaire. Pourquoi donc les femmes russes sont -elles toujours sur leur trente et un? Cela serait dû à l’effondrement de l’URSS qui aurait libéré les moeurs et rendu accessible des tendances et des produits étrangers. Apparaît alors en 1990, le style « kitsch russe »: vernis, mini-jupe, talons aiguilles. Toutefois, depuis le début du XXI ème siècle, un style plus sobre prend place. En France, cette libération des moeurs a eu lieu depuis mai 68 avec l’égalité des sexes et la démocratisation de la mode. L’image de la Française des années 30 est dépassée. Porter le jean comme un homme ne pose plus problème. Nous voguons entre l’informel et le formel entre le sexy et le discret et ce, en fonction du lieu fréquenté, de la personne rencontrée, du temps disposé, de l’humeur. Le vêtement fait bien sûr encore partie de la séduction mais plus seulement il constitue avant tout un jeu, un moyen d”expression. Nous, Françaises, aimons davantage séduire par notre caractère et les mots employés…
Concernant les spécificités sociales, les filles russes ont tendance à se marier et à fonder une famille vers l’âge de 21 ans. Mais de plus en plus, parallèlement, elles travaillent. Depuis la seconde guerre mondiale, les énormes pertes masculines ont obligés les femmes à endosser des travaux plutôt réservés aux hommes: la maçonnerie, la réparation des routes… Depuis, une certaine indépendance leur a été acquise. Ce qui explique sans doute le caractère fort, fier et parfois autoritaire des Russes. Les Françaises, elles, une fois leurs études achevées se concentrent d’abord sur leur carrière professionnelle afin d’acquérir une indépendance financière et morale. Cet élément est primordiale afin de s’assumer en tant qu’être à part entière. Puis, une fois l’amour rencontré, elles fondent un foyer et ce vers l’âge de 28/30 ans. Aussi, au sein du foyer, si les Russes sont plus traditionnelles dans la répartition des rôles la Française et son partenaire cherchent un équilibre, et de plus en plus, qualifient les tâches d’unisexes.
Au final, le chassé-croisé entre les femmes russes et françaises est assez intriguant.






