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Nord-Ouest du Baïkal en kayak

Côte Nord-Ouest du Baïkal : De Severobaïkalsk à Olkhon en Kayak

Août/Septembre 2008
Par Thierry Lepley

2008-10-baikal-kayak-thierry38L’idée

Au fur et à mesure que je voyageais en Russie, l’envie de visiter le Lac Baïkal s’était amplifiée. Il est vrai que cette « virgule » immense au cœur de la Sibérie est attrayante : le plus gros lac du monde en volume, bordé de montagnes et de taïga sauvage. Le kayak est un moyen intéressant pour voyager sur ces grandes étendues d’eau, car il permet une longue autonomie. En début d’année 2008, nous prévoyons donc, Jean-Marc et moi, d’associer nos deux expériences, kayak pour Jean-Marc et Russie pour moi. En regardant la carte et au vu du temps limité dont nous disposons, nous choisissons de nous attaquer à la côte nord-ouest qui semble la plus intéressante, car sauvage et, aussi, proche des montagnes. Il y a près de 400km de Severobaïkalsk, notre ville de départ au nord du lac, jusqu’à la touristique île d’Olkhon. Et comme, se contenter d’observer les montagnes uniquement depuis les berges est difficilement concevable pour nous, nous décidons de ponctuer le voyage de quelques randonnées.

Préparation

Tous les récits que nous trouvons parlent des vents turbulents et forts du Baïkal. Mais il y a aussi les ours qui vivent dans la taïga et les montagnes, et la redoutable bureaucratie russe. Tout ce voyage demande une préparation qui va prendre quelques mois avec le support de Tanya à Moscou et de Ludmila et Pavel à Irkoutsk. Finalement, pour pimenter l’aventure, nous décidons de partir avec une baïdarka, un kayak « made in Russia ».

Arrivé à Irkoutsk avant Jean-Marc, j’ai pu déjà commencer à acheter la nourriture et les derniers équipements dont nous avons besoin. Notre kayak, stocké sous la forme d’un gros sac d’une trentaine de kilos que j’avais fait expédier par le train depuis Saint-Pétersbourg, est bien arrivé à l’agence de Pavel. Le 12 août, il ne nous reste que 3 jours avant le départ du bateau qui doit nous emmener au nord du lac quand je vais chercher Jean-Marc à l’aéroport. Nous allons voir Ludmila et Pavel à l’agence pour régler les formalités de visa et construire pour la première fois notre baïdarka sur la pelouse à coté de l’agence.

2008-10-baikal-kayak-thierry01Découvrir le kayak moins de trois jours avant le départ est risqué, surtout quand le manuel est en Russe et d’ailleurs nous avons quelques sueurs froides avec le système de gouvernail ! Il faut contacter le fabricant pour finalement comprendre le montage. Des russes rencontrés la semaine précédente m’avaient prédit une journée complète pour monter le kayak la première fois, mais au final, il nous aura fallut 3 heures, ce qui n’est pas si mal ! Comme le temps nous manque, nous décidons de ne le tester sur l’eau qu’au départ de Severobaïkalsk. En démontant le kayak, je fais tomber un écrou sur la pelouse, écrou que nous ne retrouverons pas, parti dans l’ « hyper-espace ». Ça commence bien ! Heureusement, Pavel se charge de nous en retrouver un autre.

2008-10-baikal-kayak-thierry02Les 2 jours suivants, nous continuons la préparation. Nous allons au marché d’Irkoutsk et à l’administration de la réserve naturelle que nous devons traverser (le zapovednik Baïkalo-Lenskyi) pour obtenir les laissez-passer. Finalement, le dernier jour, à l’agence, nous récupérons le matériel promis par Pavel et en particulier la pièce perdue du kayak (ouf !), quelques fumigènes pour les ours et le téléphone satellite qu’il nous prête.

Départ

Enfin, le 15 août, nous partons. Galina, notre hôte d’Irkoutsk, ne doit pas être trop mécontente de voir enfin notre bardak (« bordel » en russe) disparaître de sa maison.

Nous embarquons sur la Roketa, un hydroglisseur qui navigue sur la rivière Angara jusqu’au lac, puis nous transvasons toutes nos affaires sur la Cometa, un gros hydroglisseur qui nous emmène à Severobaïkalsk. Les paysages défilent, nous volons littéralement sur l’eau à près de 70 km/h. Nous pouvons enfin nous relâcher, nous sommes partis !

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Même si les montagnes ne sont pas très élevées au sud-ouest du lac Baïkal, les rives sont assez abruptes. En début d’après-midi, nous effectuons un rapide arrêt sur l’île d’Olkhon, puis repartons vers le nord le long de la maloe more (petite mer). A partir de ce moment, nous découvrons la côte que nous allons longer en kayak.

À certains endroits, les montagnes sont proches et donnent l’impression de tomber dans le lac puis, plus au nord, s’éloignent des berges ; elles sont couvertes d’une taïga dense.

Arrivés à Severobaïkalsk, un taxi nous emmène à une auberge qui malheureusement est bien plus éloignée du lac que nous le pensions. Le lendemain, je vais vite repérer l’accès au lac. Le chemin est un peu escarpé, il faut descendre un raidillon sableux pour atteindre un petit bras d’eau stagnante entouré de quelques maisons défraîchies. Un peu glauque comme départ, mais on fera avec. Il nous faut près d’une heure pour déplacer tous matériel. Pendant que nous montons le kayak, un habitant des alentours vient observer nos préparatifs. Son physique de bagnard ne nous met pas bien à l’aise, mais heureusement, il est juste curieux. En début d’après-midi, nous partons enfin, heureux de quitter cet endroit. Nous longeons une longue rangée de maisons de pêcheurs qui semblent être sur pilotis.

2008-10-baikal-kayak-thierry05Le lac nous accueille par de bonnes vagues. Nous découvrons à peine le maniement de notre kayak que nous devons déjà affronter une grosse houle ! Nous pouvons voir des pluies au large sur le lac et sur les montagnes face à nous. Passé un premier cap exposé au vent et délicat du fait de troncs d’arbres flottants, nous pouvons enfin nous détendre. Après quelques heures de navigation, nous débarquons au fond d’une anse où nous installons le camp. Les moustiques, agressifs, finissent de nous mettre dans l’ambiance. Le temps est instable, entre la pluie du soir et les grondements de tonnerre de la nuit. Le lendemain matin, une averse vient retarder nos préparatifs, le temps est décidément incertain mais reste calme au niveau du vent. Confiants, nous coupons de grande anses et nous sommes parfois à près de 3km du bord. Nous nous méfions du vent au Baïkal, mais nous devons aller si possible au plus direct de manière à ne pas trop rallonger l’itinéraire. Nous ne croisons personne aujourd’hui, si ce n’est des campeurs à la pause de midi.

2008-10-baikal-kayak-thierry06En milieu d’après-midi, nous nous arrêtons à Baïkalskoe, le dernier village avant 250km de côte. C’est un village de pêcheurs dont le port se résume à une vielle jetée en bois à laquelle sont amarrés quelques bateaux sans âge. Dans le village, hormis une église en bois, il existe une entreprise collective chargée de traiter les nerpas, seuls phoques d’eaux douce au monde, chassés par les locaux autorisés. Elle affiche encore fièrement le nom soviétique de « Kolkhoze » comme si le temps s’était figé ici. Nous repartons ensuite pour quelques kilomètres de manière à nous placer au plus près des premières berges escarpées du parcours.

Au petit matin, les nuages sont menaçants. Nous espérons faire une grosse étape et gagner une journée sur notre planning, mais le vent va en décider autrement. Affrontant un fort vent de face, nous sommes obligés d’accoster durant quelques heures lorsque celui-ci devient vraiment trop puissant. Une fois repartis, un petit bateau nous dépasse, nous le retrouvons à quelques kilomètres de là, lorsque nous accostons pour bivouaquer près de cabanes. Nous rencontrons Ivan, pêcheur de Baïkalskoe qui veut absolument allumer un feu pour sécher nos vêtements. Quelques brindilles, un bout d’écorce de bouleau, une allumette et c’est parti ! Il est né de l’autre coté du lac, en Bouriatie. Sur la carte, il me montre sur quels caps on risque de rencontrer des ours. D’ailleurs, il me dit qu’à 500m de là, quand il ramassait des baies aujourd’hui, il a vu des traces d’ours. Ca ne va pas nous aider à dormir tranquille ça ! En feuilletant les cartes du Baïkal, il comprend que nous prévoyons de traverser la maloe more, et me dit spontanément que ne faut pas traverser là, parce que les vents sont très forts, bien plus qu’ici. Ca promet ! Après un thé, Ivan me propose d’aller pêcher avec lui. Le moteur est aussi vieux que le bateau, il faut démonter le capot et faire quelques réglages pour le démarrer.

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Près d’une côte rocheuse, je dois ramer vers le large pendant qu’Yvan dépose petit à petit le filet dans l’eau. Le lendemain, Ivan va rapidement remonter son filet et nous offre quelques omouls, l’espèce de poisson endémique du Baïkal la plus célèbre, puis repart à Baïkalskoe pour aller vendre ses autres prises.

Ce poisson agrémentera nos repas de la journée et mais il faudra éviter d’imprégner nos vêtements de l’odeur pour ne pas attirer les ours. Nous partons pour le cap Kotelnikovskii à 15 km, non loin duquel se situe une station thermale.

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Nous longeons une cote escarpée, apercevons quelques cabanes, puis nous débarquons derrière la station avant que le brouillard ne s’installe. Cette base a été rénovée : bâtiments récents, pelouses entretenues et agrémentées de fleurs, plusieurs piscines recevant l’eau chaude et même un terrain de tennis. On pourrait se presque se croire en Europe s’il n’y avait pas cette nature sauvage tout autour. La station semble désertée par les touristes mais il est vrai que le mois d’août n’est pas réellement l’été en Sibérie. Les employés de la base nous accueillent amicalement et nous permettent d’y déposer le kayak et notre matériel car nous avons prévu d’aller randonner, vers la montagne Tchersky, point culminant de la chaîne montagneuse à 40 km de là. Par contre, ils s’inquiètent car nous ne sommes que deux et demandent si l‘on connaît l’endroit, si l’on a une boussole et des cartes. Je les rassure, mais il est vrai qu’en Russie, la forêt, l’isolement et les ours rendre les randonnées plus délicates.

Le lendemain, sacs sur le dos, nous partons vers les montagnes du Baïkal avec, comme seule protection contre les ours, nos fumigènes et des bâtons de randonnée. C’est léger contre le roi de la taïga, mais d’un autre coté, je ne pense pas que les ours sont très friands de nos spaghettis et de notre viande en boite russe ! :-)

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Nous suivons un large chemin dans une forêt de pins sur lequel nous rencontrons un groupe de chevaux en liberté. Nous passons devant de vieilles cabanes implantées dans des clairières et avançons ensuite sur un petit sentier peu marqué dans une forêt qui se densifie.

Nous marchons globalement entre une rivière et un flan de montagne.

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Après plus de 20 km de marche à traverser des pierriers instables et se débattre avec les arbres, nous comprenons que nous n’aurons pas suffisamment de temps pour atteindre le pied de la montagne Tchersky. Nous retournons donc quelque peu sur nos pas et nous nous installons pour la nuit sur un emplacement de bivouac.

2008-10-baikal-kayak-thierry15Autour du feu, sont disposés quatre rondins de bois faisant office de sièges. Sur un des troncs, des noms de villes sont gravés avec l’année de passage : Bratsk 2008, Dniepr 2008, Kaleningrad 2008. Quelques groupes s’aventurent donc dans ces montagnes ! Avant de dormir, au cas ou un ours aurait l’idée de passer par là, nous rangeons les produits odorants dans des sacs étanches que l’on accroche dans les arbres et dans un container spécial américain. Jusqu’à présent, ce container ne m’a servi que contre les sousliks au Kamtchatka, mais qui sait au Baïkal … !

L’ours n’est finalement pas venu pendant la nuit et nos sacs ne sont pas éventrés ! Nous rentrons tranquillement et plutôt que d’aller directement au camp, nous décidons de visiter le cap Kotelnikovskii. Le temps ensoleillé du début de journée laisse rapidement place à de sombres nuages d’orage qui, après avoir enveloppé les montagnes, libèrent leur humidité en passant au dessus de nos têtes.

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Le ciel chargé de nuages très contrastés, les montagnes sombres et les marécages réfléchissant ce paysage rendent l’ambiance surréaliste !!

Le jour suivant, malgré une houle qui nous ballotte, nous nous enfonçons dans le Baïkal sauvage. C’est aussi notre première rencontre avec un nerpa qui nous observe furtivement et, à la pause de midi, avec les premières traces d’ours, heureusement anciennes.

2008-10-baikal-kayak-thierry18Après plus de 30 km à lutter contre le vent, nous accostons derrière un cap sur une longue plage de galets. Nous posons la tente sur une mince bande de forêt de pins et de bouleaux qui est prise en sandwich entre le Baïkal et un petit lac. Nous choisissons l’endroit en évitant précautionneusement les sentes d’ours. Ces derniers doivent apprécier les nombreux petits cèdres autour, car nous trouvons partout d’anciennes déjections. En fin d’après-midi, un puissant vent d’ouest se lève. La taïga gémit sous les assauts de ce vent des montagnes, amplifié par la vallée encaissée derrière nous, qui va souffler en rafales toute la nuit et le lendemain, nous obligeant ainsi à un repos forcé. Un bouleau déraciné non loin de la tente n’est pas là pour nous rassurer. Les ours doivent être loin derrière les montagnes à cette époque, et nous ne sommes visités que par des rongeurs qui profitent de notre inactivité pour trouer quelques sacs étanches et entamer nos plaquettes de chocolat !

2008-10-baikal-kayak-thierry19Le jour suivant, malgré le vent toujours présent, mais moins puissant, nous partons. Loin de notre insouciance du début, nous nous résignons à suivre la berge de plus près. Nous arrivons finalement derrière un cap et la vue deux cabanes, dont la cheminée de l’une fume et nous indique que l’endroit est habité. Nous rencontrons deux hommes d’une bonne cinquantaine d’année: Igor et Youri. Très généreux, ils nous offrent spontanément un lit pour la nuit, mais aussi du poisson fumé et du caviar d’omoul. Ils vivent ici un peu en autarcie : une petite serre à coté de la maison leur donne des légumes, le lac leur donne du poisson et ils cuisent le pain eux même. Ici, quelques personnes fortunées peuvent venir chasser l’ours moyennant un gros chèque, il est vrai que nous ne sommes pas encore dans la réserve protégée.

Comme promenade digestive, Igor et Youri nous montrent fièrement la cabane dans laquelle ils fument l’omoul, puis ils donnent beaucoup d’informations sur la suite de notre parcours, ressortant pour l’occasion leurs vielles cartes topographiques.
Le matin suivant, nos hôtes se sont levés très tôt pour nous offrir le thé. Le vent des montagnes, soufflant de nouveau, inquiète visiblement Igor qui nous conseille de rester car, dit-il, ce vent peut nous emmener au large et nos rames ne nous serons que de peu d’aide.

Nous décidons quand même de partir, car nous devons avancer. Vigilants et ne nous éloignant pas trop du bord, nous filons vers le cap qui marque l’entrée de la réserve « Baïkalo Lenskyi » et où nous nous signalons à l’inspecteur du parc qui habite là.

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Nous continuons face au vent et longeons un superbe cirque avec de hautes falaises. Bel endroit qui tranche avec les paysages répétitifs de taïga et montagnes lointaines que nous avions eus jusqu’à présent. Les montagnes sont maintenant plus proches du lac et le paysage plus rocailleux. Nous arrivons ensuite au cap que nous avait conseillé Igor, où habite Volodia et sa femme.

Deux superbes et intrépides chiens de traîneau nous tiennent compagnie pendant la soirée. Lorsque le soleil se couche, la température fraîchit : 5° ce soir. Au loin, on voit bien de l’autre coté du lac la presqu’île Sviatoï Nos sur laquelle le soleil pose encore ses rayons. Par contre, la chaîne de montagne de Bargouzine parait maintenant très lointaine.

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Nous repartons le lendemain toujours ballottés par la houle. Décidément, il n’y a pas beaucoup de calme ici ! Mais comme le vent vient du large et non des montagnes, nous allons au plus court sans trop nous approcher de la rive.

Dorénavant nous sommes très près des montagnes dont les sommets enneigés culminent à 2000m avec des crêtes très découpées, des pentes abruptes couvertes de pierriers sombres et parsemées ça et là de végétation d’un vert clair ; falaises et pierriers se succèdent. Nous arrivons en fin d’après-midi à une sorte de base touristique où nous rencontrons Vladimir. Nous nous installons un peu à l’écart, mais pas suffisamment puisque nous aurons droit au ronflement du groupe électrogène une partie de la nuit. Durant cette soirée, nous voyons, aller et venir, un yacht de luxe et quelques bateaux de tourisme. Nous aurions dû éviter cet endroit, mais il s’avère que c’est le point de départ de notre nouvelle randonnée en montagne.

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Après une nuit peu calme, nous partons vers la montagne pour explorer une ancienne carrière fermée depuis plus de vingt ans. Nous suivons, dans une forêt, le chemin qu’empruntaient les camions de la carrière et nous prenons rapidement de l’altitude. D’une forêt classique, nous passons à une végétation plus buissonneuse. Nous arrivons finalement à une cabane désaffectée autour de laquelle quelques pièces mécaniques rouillées traînent sur le sol. Dans la cabane, je fais encore un bon saut dans le passé en découvrant une page de la Pravda de 1983.

La pierre violette extraite ici est omniprésente dans les pierriers situés plus haut, une veine bien apparente est d’ailleurs encore visible à flanc de falaise. Une fois revenus à la base, nous levons le camp et quittons cet endroit. Cela fait déjà près de 12 jours que nous sommes partis et le kayak commence un peu à s’alléger, ce qui n’est pas pour nous déplaire !

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Un peu plus loin, nous sommes étonnés de rencontrer deux russes de Saint-Pétersbourg, également en kayak, qui viennent du sud. Ils ont souffert du vent des montagnes et s’inquiètent des conditions de navigation plus au nord. Nous accostons en fin d’après-midi derrière un cap marquant l’entrée d’une grande baie. L’endroit est vraiment superbe. Au nord, les montagnes de la chaîne Baïkalskyi que nous avons déjà longées, au sud-ouest, cette même chaîne qui continue derrière la baie, au nord-est de l’autre coté du lac, la lointaine chaîne de montagne de Bargouzine, au sud-est la presqu’île montagneuse Sviatoï Nos et au sud le grand large où j’imagine l’île d’Olkhon.

Le matin suivant, les montagnes sont coiffées d’un énorme nuage. Nous en comprenons la signification après une heure de navigation quand un vent venant des montagnes apparaît et se renforce rapidement. Puis ce sont de puissantes rafales qui nous obligent à longer de très près le rivage. Nous devons finalement passer le cap à pieds car l’eau moutonne à moins de 10m des berges. Une accalmie se produit après quelques heures d’attente, et nous partons pour un cap rocheux marquant le début de 4 km de falaises. A peine arrivés près de l’éperon, le vent se remet à souffler violemment, mais il est trop tard pour faire demi-tour ! Je suis bon pour une bonne poussée d’adrénaline ; l’eau moutonne autour de nous, nous sommes dans les vagues, poussés par un vent violent et le kayak est difficile à contrôler.

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Par chance, au bout d’un kilomètre, nous trouvons refuge dans une petite baie providentielle.

Pendant quelques heures, nous sommes réduits à observer les rafales tempétueuses aller vers le large. Nous repartons finalement à la faveur d’une accalmie pour, enfin, rejoindre la station météo de Solnetchnaya en début de soirée. Sur le cap un peu plus loin, je rencontre Sergueï, un gardien du parc pour lui demander l’autorisation d’aller aux sources de la rivière Lena, l’un des plus grands fleuves de Russie. Habituellement cette randonnée doit se faire accompagné d’un guide armé, mais Sergueï nous autorise à y aller seuls. Si nous avons réussi à arriver jusque-là, nous devrions pouvoir nous débrouiller sur un sentier. De plus les ours sont rassasiés à cette époque et d’après Sergueï ne sont pas dangereux.

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Nous partons donc le matin suivant vers une fracture dans la montagne qui permet de rejoindre le plateau où coule la Lena mais, cela devait arriver, nous nous égarons et devons, pendant près d’une heure, traverser la forêt sur de minuscules sentes d’animaux pour, finalement, retrouver avec soulagement le bon chemin. Nous passons ensuite dans une large brèche bordée de falaises et de pierriers noirs. Le chemin est très raide et la végétation de bouleau laisse parfois place à un environnement avec des airs de jungle.

Passé le col, un paysage nouveau et assez saisissant se dévoile ! C’est une large vallée bordée de collines où serpente la rivière Lena. Des sapins clairsemés vert clair côtoient des buissons aux couleurs rougeâtres, le tout sur un tapis de mousse claire. Je me sens vraiment en Sibérie ici, avec ces grands espaces vierges à perte de vue sans humains à part nous ! Je trouve quelques traces de passage d’ours dans des zones humides asséchées, mais aucune trace très récente. Pour me rassurer, je me dis que les ours doivent être plus loin derrière les collines.

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Le lendemain, nous mettons cap au sud et affrontons un vent de face qui nous fait avancer à un train de sénateur. Le jour suivant, nous passons devant le mystérieux et interdit cap Rityi, un gros cap circulaire qui est l’embouchure de hautes et profondes gorges. A plusieurs reprises, un phoque se montre face à nous, mais toujours à contre-jour et durant un instant trop bref pour me permettre de sortir mon appareil photo.

Nous accostons après le cap Kotcherikovskii dans une prairie surélevée bordée d’arbres. Ce cap marque la fin de la réserve naturelle et dans les prochains jours, nous allons nous rapprocher de la civilisation.

Le lendemain, nous suivons une côte linéaire mais très escarpée où il serait presque impossible d’accoster. Avec le soleil enfin présent, quelques couleurs d’automne et une roche ocre, le paysage est vraiment superbe. Nous suivons maintenant une succession de collines. Nous passons non loin d’Ongourione, premier village depuis de Baïlkalskoe près de 250 km plus au nord. En face, on peut voir distinctement le cap Khoboï, extrémité nord de l’île d’Olkhon, qui se situe maintenant à 25km à vol d’oiseau. Nous accostons en fin d’après-midi dans une petite anse bordée de collines. Le temps clément nous permet de faire notre toilette dans le lac, pour une fois, sans trop de souffrances malgré la fraîcheur de l’eau.

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Le matin suivant, nous devons nous lever en catastrophe car un troupeau de bovins a décidé de brouter autour du camp et quelques bœufs rodent un peu trop autour du kayak. Ces animaux extrêmement curieux, tenaces et je dirais même plus, coriaces, vont nous obliger à accélérer notre départ.

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Nous partons donc rapidement sur une « mer d’huile », décidément, le temps est meilleur dans le sud ! Nous longeons une côte toujours escarpée et atteignons le village de Zama marquant l’entrée dans la maloe more. Nous longeons tantôt de belles falaises au ton rosé tantôt des flancs de colline caillouteuse tapissés d’herbe rase. Le paysage est vraiment splendide et il est vraiment dommage que nous n’ayons pas bénéficié de ce soleil lorsque nous étions au nord du lac.

Nous accostons derrière un cap constitué d’une plaine marécageuse limitée au loin par des montagnes gris clair. Ce paysage tranche beaucoup avec ceux habituels autour du Baïkal.

2008-10-baikal-kayak-thierry38Le jour suivant, nous longeons une succession de petites montagnes claires. Le paysage est vraiment impressionnant et très contrasté, entre les nuages noirs et quelques rayons de soleil frappant le sol. Nous passons in extremis entre deux orages, mais en début d’après-midi, le vent devient tellement fort que nous sommes obligés d’accoster. Pendant que nous attendons, deux Bouriates en voiture s’arrêtent et nous demandent d’où on vient comme ça en baïdarka. Ils sont étonnés d’apprendre que l’on vient de Severobaïkalsk. Quelques heure après, nous repartons malgré une houle qui secoue bien le kayak et nous nous arrêtons finalement non loin d’une maison. Fini les caps sauvages maintenant, nous sommes de retour à la civilisation ! Un homme âgé qui garde un troupeau de vaches vient nous serrer la main chaleureusement. Il nous met en garde contre le vent qui souffle violemment ici et nous conseille de bien tout attacher. Décidément, le spectre du vent nous suit partout ! En soirée, un bouriate passe furtivement en nous saluant d’un « bonjour » bien français. Les nouvelles vont vite ici ! La nuit est finalement calme et nous continuons le lendemain de longer la « petite mer ». Nous retrouvons des paysages plus classiques de petites montagnes couvertes de taïga. Nous installons notre camp sur un cap aride près de l’île Oltriek qui doit nous servir de repère pour une éventuelle traversée de la maloe more. Nous arrêter sur ce cap sans arbre et exposé aux vents n’est pas la meilleure idée que l’on ait eu.

2008-10-baikal-kayak-thierry39En soirée, le ciel s’assombrit, la pluie arrive suivie de la tempête. Ce vent dont on nous avait tant parlé, le voici donc ! Extrêmement puissant, il va durer toute la nuit, secouant sans relâche notre tente légère. Même affaibli, le vent reste présent le matin et nous décidons de ne pas traverser la maloe more, mais de continuer plus au sud vers la fameuse rivière Sarma qui a donné son nom au vent le plus redouté du Baïkal.

La houle est forte et nous sommes une fois de plus beaucoup secoués.

Nous profitons d’une accalmie pour longer le long estuaire marécageux de la rivière Sarma. Si le vent forcissait dangereusement ici, nous ne pourrions même pas accoster d’urgence ! Nous traversons ensuite un fiord et nous arrêtons sur la première plage de sable depuis notre départ. Nous sommes maintenant dans le sud de la maloe more qui est un des endroits les plus visités du Baïkal car il contient les eaux les plus chaudes du Lac. Le lendemain, après avoir passé deux caps rocheux exposés devant la rivière Sarma, nous traversons le détroit entre Olkhon et le continent pour accoster près de l’embarcadère du bac.

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Épilogue

Terminus ! Nous sommes enfin sur l’île d’Olkhon après 22 jours d’effort, 420km de kayak et près de 80km à pied. Nous démontons le kayak et, souhaitant aller au village de Khoujir, nous faisons du stop au bac en espérant qu’une voiture ou un camion puisse nous prendre. Finalement, après quelques heures d’attente, un homme nous emmène avec tout notre équipement qui remplit totalement la voiture. Arrivés à Khoujir, nous plantons la tente sur les hauteurs devant le célèbre rocher au Chaman. Nous sommes redevenus piétons et nous observons maintenant les risées sur l’eau et la vivacité des vents du Baïkal sans appréhension.

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Le Baïkal est à l’image de la Russie: doté d’un fort caractère, sauvage, chaleureux, et c’est avec un serrement au coeur que nous quittons ce lac et ses habitants.

Commentaires

8 Commentaires sur “Nord-Ouest du Baïkal en kayak”
  1. marie-cath dit :

    très beau texte, un véritable auteur en puissance !!! il va falloir chercher les éditeurs très prochainement. Les photos illustrent bien les textes … ça donne envie de s’y rendre !

  2. sandy dit :

    superbes photos! merci à ta soeur de nous avoir donner le lien de ton blog! dépaysement garanti!

  3. Florence dit :

    Sympa de lire ton compte-rendu, d’être plongée pendant un moment si loin de chez nous dans un tel dépaysement. Et les photos sont bien belles.

  4. Bruno dit :

    Bravo Thierry (et Jean-Marc)
    Superbe récit, je m’y suis cru tout en restant au chaud chez moi !
    Il me manque quelques informations :
    - Comment communiquiez vous avec les locaux ? en anglais, en russe ?
    - Tu as parlé d’une partie du lac où les eaux sont les plus chaudes du monde, il est quand meme possible de s’y baigner ?
    - Concernant la nourriture, as tu mangé ces poissons fumés qu’on t’as généreusement donné ? Quel goût ça a ?

    Ben oui, tu nous fais réver alors maintenant on a des questions !

    A+ et encore félicitations pour ce beau voyage, ça nous permet à nous qui n’aurions jamais le cran de faire ça de voyager !

    Bruno

  5. Jean-Luc et Irina dit :

    Nous avons vécu votre rècit…BRAVO!!!

  6. enos / de robert morin dit :

    bravo le kayak c le bon moyen de voir le monde .a mon compteur plus de 3000km et des projets au mois de mai/octobre je veux descendre le DANUBE 3800KM DE LA SOURCE A LA MER NOIRE pour l instant nous somme deux avec mon frère (avis aux amateurs )grand raide nautiraid et vieux leclerc modifier voyage en total autonomie……. a plus

  7. loic dit :

    Salut, tres bon compte rendu! Ca fait envie! j’ai pour projet une aventure dans le meme gout sur le lac baikal… Mais contrairement à toi, aucune experience de la russie et ses tracasseries administratives…je sollicite donc tes precieux et avisés conseilles afin de preparer au mieux mon voyage.Pour résumer, est-il difficile d’organiser soi-meme son séjour au baikal? (visas,enregistrement,déplacement en autonomie sur le lac,etc…)
    Encore bravo pour ce petit carnet de voyage et les très belles photos qui l’illustreNT agréablement…

  8. Parachutisme dit :

    Merci de nous faire partager cette belle aventure !

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